DREAMCAST
: CHRONIQUE D'UNE MORT ANNONCEE
L'arrêt définitif
de la console Dreamcast a suscité une vive émotion au sein
de la communauté des joueurs de jeux vidéo (je parle des
vrais joueurs). Nous retraçons ci-dessous la chronologie des faits.
22/01/2001
: SEGA
- ACTE 1 : Lors d'une conférence organisée par
la maison-mère de Sega (CSK), quelques fuites laissent entendre
le portage de plusieurs jeux DC sur PS2. Sega dément.
24/01/2001
: SEGA
- ACTE 2 : Selon le quotidien japonais Nihon Keisai Shimbun,
Sega arrêterait la production de Dreamcast à la fin de l'année
fiscale japonaise, soit le 31 MARS 2001. Les raisons évoquées
sont bien évidemment d'ordre financier, SEGA accusant une nouvelle
fois un important déficit financier (+ de 21 billions de Yens).
Le cuisant échec de certains "blockbusters" au Japon
comme Phantasy Star Online (dont les ventes n'atteignent même pas
les 200 000 unités vendues), Ferrari 355 ou Daytona Usa 2001 (moins
de 50 000 pièces vendues) aurait précipité cette
décision lourde de conséquence. Les commandes en cours seraient
honorées jusque fin janvier et la maintenance sera assurée
grâce aux stock disponibles. Sega change sa stratégie et
développera sur de nouveaux supports dont la téléphonie
mobile. Cinq titres sont prévus sur PS2, deux sur GameBoy Advance
et le développement sur X-Box et Game Cube est à l'étude.
Evidemment
la production de jeux Dreamcast est maintenue et les 100 titres en cours
de développement sortiront cette année. La Dreamcast n'est
pas morte pour autant car de nombreux constructeurs sont intéressés
par la "puce Dreamcast" (qui reprend l'ensemble des fonctions
de la console de salon) et elle devrait réapparaître sous
d'autres formes (PC ou lecteurs DVD par exemple).
Concernant
la politique Américaine et Européenne, rien n'est annoncé
pour l'instant. Même si les scores sont plus qu'honorables (surtout
aux Etats-Unis), il y a fort à parier que la Dreamcast disparaîtra
des rayons fin 2001, à notre plus grand regret.
31/01/2001
: SEGA
- ACTE 3 - SEGA MEURT MAIS NE SE REND
PAS : Suite à la news précédente, il semble
que SEGA calme le jeu. En effet, plusieurs démentis formels ont
été annoncés par Sega of America et Sega Japan. Nous
avons ensuite obtenu d'autres informations émanant de Sega France.
En substance, il s'agit simplement d'une mise à niveau de la production
de Dreamcast en fonction de la demande. Les cadences de productions vont
donc être au marché mondial, compte tenu des faibles ventes
japonaise. Il va sans dire que la priorité va aux Etats-Unis. En
ce qui concerne les pertes financières, Sega ne s'est pas prononcé.
Toujours
est-il que Sega a bel et bien confirmé le portage de plusieurs
de ses titres sur d'autres supports comme la PS2 et la Game Boy Advance.
D'ailleurs, Nintendo, grand seigneur (hum, hum...), a octroyé une
license de développement sur GBA à Sega, son éternel
rival, compte tenu de ses difficultés financières (source
: Overgame). Toutefois sur PS2, on parle plus à l'heure actuelle
d'une vente de licences à des éditeurs tiers plutôt
que de développements inédits. Le premier titre à
sortir serait Crazy Taxi et c'est Aklaim qui se charge de l'adaptation
(on parle aussi de F355).
Sega
a confirmé que la technologie Dreamcast serait vendue à
des fabricants tiers sous la forme d'une puce. Une société
anglaise (Pace), spécialisée dans le décodage de
données numérique par câble ou satellite, a d'ailleurs
annoncée son partenariat avec Sega pour concevoir un terminal numérique
(type décodeur satellite) incluant la puce Dreamcast.
En
définitive, même si Sega est au plus mal, son potentiel reste
énorme. De plus les jeux vidéo nous ont tellement habitué
à des revirements de situation totalement imprévus qu'il
faut se garder de tout commentaire. Bien des sociétés ont
été sauvées de la banqueroute grâce à
un coup du sort, comme par exemple Infogrames qui doit son salut financier
en 1993 à un seul jeu : Alone in the Dark (source : le livre
de D. Ichbian "bâtisseurs de rêves" aux éd.
First).
01/02/2001
: SEGA - ACTE 4 : Nouvelle annonce
complètement contradictoire avec le communiqué officiel
de ces derniers jours (voir news précédente). Sega of America
aurait décidé de baisser le prix de la Dreamcast à
99 Dollars soit 700 F environ afin de liquider ses stocks. Le président,
Peter Moore, annonce l'arrêt définitif de la console en mars
prochain et des développements de jeux tous azimuts : Space Channel
5, Sakura Taisen (Japon uniquement) et Virtua fighter 4 sortiront sur
PS2, Sonic, Chu Chu Rockets et Puyo Puyo sortiront sur GameBoy Advance.
D'autres
titres seront directement licenciés à des éditeurs
tiers comme Crazy Taxi, 18 Wheeler, Zombie Revenge et F355 récupérés
par Acclaim. Le
modem ADSL est lui aussi abandonné, au même titre que le
lecteur "zip" et une pléiade d'accessoires/gadgets. Attention
même si le site officiel Sega.com ne mentionne pas encore ces infos,
Sega Europe a lui aussi confimé le changement de stratégie
de la maison-mère dans un communiqué officiel. Une vague
de licenciements touche actuellement l'Europe et de nombreux bureaux se
séparent d'une partie de leur personnel.
La
Dreamcast est donc bien vouée à disparaître sous sa
forme actuelle. On parle bien sûr de la puce Dreamcast intégrée
dans d'autres supports mais il ne faut pas se voiler la face : la Dreamcast
sera belle et bien morte fin 2001. Commercialement parlant bien sûr
! Soyez rassurés, vu le parc en place et les projets en cours,
des softs seront disponibles jusqu'en 2002 au moins.
Avec
la fin du hardware "made in Sega", c'est tout un pan de l'histoire
des jeux vidéo qui disparaît. A travers toutes ces années,
Sega n'aura jamais vraiment réussi à devancer ses concurrents
au niveau mondial : la Master System fût laminée par la NES,
la Megadrive ne fit qu'un temps illusion (grâce aux marchés
européens et américains - traditionnelement plus réceptifs
aux produits Sega) face à son rival de toujours Nintendo et sa
Super Famicom. La Game Gear fût elle aussi "mangée"
par la GameBoy. La Saturn enfonça le clou en se faisant "explosée"
par un outsider nommé Sony, fraichement débarqué
avec sa Playstation. Et encore je ne parle pas du 32X, de la Nomad ou
du MegaCD. On pensait que Sega aurait tiré un enseignement de ses
échecs et que la Dreamcast relancerait la société
au plus haut niveau. On y a franchement cru et Objectif Micro a depuis
le début, soutenu à fond la Dreamcast (regardez nos tests,
vous comprendrez...). Cependant le passif de Sega, accumulé au
fil des ans, a largement handicapé le développement de la
Dreamcast. Pour finir, le public japonais a boudé cette console.
A l'inverse les Etats-Unis (et l'Europe dans une moindre mesure) ont massivement
adhéré à ce support mais ce n'était pas suffisant
pour renflouer des caisses, décidemment sans fonds. Il faut bien
admettre qu'avec un parc proche des 10 millions de consoles vendues à
travers le monde, il est étonnant que Sega n'arrive pas à
s'en sortir. Le point noir est bien évidemment une masse salariale
énorme qui impose un chiffre d'affaires en conséquence.
Les "frais fixes" ont donc dramatiquement affaibli la firme
à l'hérisson bleu.
Sega
développera donc sur de nouveaux supports (quasiment tous les nouveaux)
et je peux vous dire que les jeux Sega ne seront plus jamais pareils pour
les fans de la marque. C'est un peu comme si on mettait un moteur de Ferrari
dans une Renault Twingo. Certes il y aura toujours des "bombes"
comme seul Sega sait les faire, mais c'est avec un pincement au coeur
que j'allumerais ma PS2 pour y jouer. Par contre ce qui me fait extrèmement
plaisir : c'est qu'à l'instar de Square ou de Electronics Arts
qui par leur absence de développement sur DC ont leur part de responsabilité
dans cet échec commercial, Sega, dans l'avenir, pourra faire la
pluie ou le beau temps sur les futures plate-formes multimédia
en décidant de soutenir tel ou tel constructeur. A n'en pas douter,
Nintendo, Sony ou Microsoft vont se bousculer au portillon du siège
social de Sega pour "grapiller" quelques "Greatest hits"
dont Sega a le secret.
02/02/2001
: SEGA
- ACTE 5 - BRADERIE DREAMCAST :
Suite aux news précédentes, il semblerait que Sega France
répercute les baisses américaines et japonaises à
partir du 15 février. La Dreamcast devrait passer théoriquement
à 990 F prix public puis 790 F dans les mois qui suivent. Côté
jeux, ce sont surtout les éditeurs tiers qui vont déstocker,
on parle d'une moyenne de jeux à 99 F. Sega devrait logiquement
suivre le mouvement.